(Géographie ancienne) c'était une ville de l'Asie mineure, située sur la Propontide, entre Lampsaque et Priapus, dans un territoire fertile, et qui produisait des vins estimés : elle avait un bon port ; on fait remonter son antiquité jusqu'aux temps fabuleux. On a dit qu'elle prit son nom de Parius, fils de Jasion : qu'il y habitait une race d'hommes ophigènes, c'est-à-dire, descendus d'un héros qui avait été serpent ; et qu'ils avaient la vertu de guérir la morsure des bêtes venimeuses, comme les psylles d'Afrique ; ce qu'il y a de certain, c'est que cette ville fut fondée par les Milésiens, les Erythréens et les habitants de l'île de Paros, d'où elle a pris son nom. Elle s'accrut des ruines de la ville d'Adrastée ; et sous les rois de Pergame, une partie du territoire de la ville de Priapus lui fut soumise.
APIANN sur les médailles, désigne les habitants de Parium ; elle était de la province proconsulaire d'Asie ; Auguste en fit une colonie. Pline, l. V. ch. xxvij. ne l'a pas oubliée ; mais il parait l'avoir confondue avec Adrastée ; elle jouissait du droit italique, comme Alexandria Troas.
Cette ville ainsi que les autres colonies, était gouvernée par un sénat ou conseil, composé de décurions ; ses duumvirs sont marqués sur une médaille, frappée sous Galien. Plusieurs types des médailles de Parium, sont relatifs à l'établissement de la colonie. Voyez PARIUM, MEDAILLES DE (Art numism.)
Strabon nous apprend que le culte d'Apollon et de Diane, fut transféré de la ville d'Adrastée à Parium, et qu'on leur éleva un autel d'une grandeur et d'une beauté extraordinaires ; c'était l'ouvrage du célèbre Hermocréon. Pline parle aussi de la statue de Cupidon, placée dans cette ville ; elle était de la main de Praxitèle, et elle égalait en beauté la Venus de Gnide.
La colonie rendit les honneurs divins à Jules César et à Auguste : on en trouve la preuve dans une inscription rapportée par Spon et par Wéheler. La même ville donna la naissance au fameux Peregrin, dont Lucien a décrit la mort. Les habitants de Parium lui dressèrent des statues, et lui attribuèrent la vertu des miracles, et de rendre des oracles.
La ville de Parium était dépendante du gouvernement de l'Asie proconsulaire ; mais ce gouvernement ayant été divisé en plusieurs provinces sous le règne de Dioclétien, Parium fut comprise dans la nouvelle province d'Hellespont, dont Cyzique était la métropole. Elle eut des évêques suffragans du métropolitain de Cyzique ; on en peut voir la suite dans l'Oriens Christianus du P. le Quien.
Les provinces orientales ayant été partagées en différents thèmes ou départements militaires, après le règne d'Héraclius ; cette ville nommée alors , fut comprise dans le thème d'obsicion. Cette division subsista sous les empereurs grecs, jusqu'à la grande invasion des Turcs dans cette partie de l'Asie mineure, au commencement du quatorzième siècle. Un de leurs chefs appelé Carassi s'empara de la Troade, et des pays voisins, et donna son nom à ce canton. On l'appelle encore Liva ou district de Carassi ; il dépend du pachalik d'Anadoli. La ville de Parium était encore connue au seizième siècle du temps du géographe Sophien, sous le nom de Pario. Elle est maintenant détruite, et on en voit les ruines près d'un lieu appelé Kamaris, sur un bassin qui était anciennement le port de la ville. (D.J.)
PARIUM, médailles de, (Art numismatiq.) M. l'abbé Belley a expliqué deux médailles singulières de cette ville. La première frappée sous le règne de Commode a pour type du revers un bœuf debout, la tête élevée, qui présente le pied droit de devant à une figure assise, comme pour en recevoir du soulagement ; on lit au-dessus de cette inscription : Deo aesc. sub. Ce type se trouve encore sur une médaille de la même ville, frappée sous Galien, avec l'inscription Deo aesc. mais sans le mot sub.
M. l'abbé Belley propose avec modestie une conjecture très-raisonnable. Esculape le dieu de la Médecine avait des temples par toute la terre ; on en connait deux en Mysie, l'un à Pergame, l'autre à Poemanine, ville dont parlent Pline et Etienne de Bysance, dont on a des médailles. Il est très-croyable que les païens invoquaient ce dieu non-seulement pour la guérison des hommes mais encore pour les maladies des animaux. Hiéroclès, dans la préface de son ouvrage sur l'art de panser les chevaux, s'exprime en ces termes : " Invoquons pour obtenir du secours dans cet art Neptune équestre, et Esculape, le conservateur du genre humain, qui prend aussi un grand soin des chevaux ". Les habitants de Nicée firent graver sur une de leurs médailles le symbole de ce double bienfait d'Esculape envers les hommes et les animaux. On voit un cavalier sur un cheval qui, d'un pied formé comme le bras d'un homme, tient le bâton d'Esculape avec l'inscription, , comme le baron de Spanheim l'a déjà observé.
On peut croire qu'une maladie sur les bestiaux, semblable à celle qui depuis quelques années a désolé plusieurs régions de l'Europe, se fit sentir sous les règnes de Commode et de Galien dans l'Asie mineure, et en particulier dans le territoire de Parium ; que les habitants de la colonie, pour obtenir la cessation de ce fléau, firent des vœux à Esculape ; que le mal ayant cessé, ils offrirent des sacrifices en action de grâces, et qu'ils placèrent dans le temple du dieu, suivant l'usage pratiqué alors, un tableau qui représentait le vœu de la colonie.
Il est bien probable que le type des médailles dont il s'agit a été gravé d'après cette sorte d'ex voto. Les lettres sub sont, selon cette conjecture, les premières du mot subvenienti ; le terme grec , dans le texte d'Hiéroclès, présente la même idée. Tibulle a dit, en parlant de ces tableaux votifs :
Nunc, dea, nunc succurre mihi : nam posse mederi
Picta docet templis multa tabella tuis.
L'autre médaille singulière de Parium, frappée sous Galien, représente un arc-de-triomphe : on le voit sur un moyen bronze publié par M. Vaillant, et sur un grand bronze très-rare du cabinet de M. Pellerin. Quelques savants ont cru que c'était un monument du triomphe de Galien, qui, dans le sein de la mollesse et de la volupté, eut la vanité de célébrer à Rome une espèce de triomphe tandis qu'il laissait l'empire en proie aux rebelles et aux barbares : mais cette extravagante cérémonie n'attira à Galien que du ridicule ; Rome même ne lui érigea point de semblable monument, et l'arc qu'on y voit encore et qu'on appelle l'arc de Galien, ne porte aucune marque, ni aucun ornement de triomphe ; l'inscription fait connaître que cet édifice fut élevé en l'honneur de Galien et de l'impératrice Salonine, par un particulier nommé Marcus Aurelius, et nullement par autorité publique.
M. l'abbé Belley pense que la colonie de Parium fit élever dans sa ville en l'honneur de Galien, mais pour un sujet tout différent, l'arc-de-triomphe qui est représenté sur ses médailles. L'an 267, les Hérules, nation germanique, sortirent des Palus méotides, traversèrent le Pont-Euxin avec une flotte de cinq cent vaisseaux, entrèrent dans le Bosphore jusqu'à Bysance où ils furent battus par un général romain, et se retirèrent à l'entrée du détroit dans le Pont-Euxin : mais dès le lendemain ayant profité d'un vent favorable, ils rentrèrent dans le canal, passèrent devant Bysance, et allèrent aborder au port de Cyzique ; ils pillèrent cette grande ville, ravagèrent la côte de la Propontide où était située la ville de Parium, passèrent le détroit de l'Hellespont, firent le dégât dans les îles de Lemnos et de Scyros, abordèrent dans la Grèce, où ils prirent et brulèrent Athènes, Corinthe, Argos, Sparte, et mirent à feu et à sang toute l'Achaïe. Les Athéniens les battirent dans un défilé ; mais cet échec n'arrêta pas leurs ravages, ils se répandirent dans l'Illyrie. L'empereur Galien se reveilla de son assoupissement en cette occasion ; il alla en personne secourir ces provinces désolées : il attaqua et vainquit les barbares, et obligea leur chef de se rendre. L'empereur retourna en Italie, et chargea le général Marcien de poursuivre ces Barbares : celui-ci les battit plusieurs fais, et les força de passer le Danube, et de sortir des terres de l'empire. L'Asie mineure, délivrée de ces redoutables ennemis, célébra sans doute la victoire de Galien par des réjouissances publiques. La ville de Parium, qui avait été exposée à leurs ravages, fit élever alors cet arc-de-triomphe. C'est un édifice composé de trois arcades, sur lequel l'empereur parait dans un char attelé de deux éléphans au milieu de deux victoires, qui lui présentent une couronne de laurier.
Au reste, il faut savoir que APIN sur les médailles désigne les habitants de l'île de Paros, et APIANN ceux de Parium, dont Auguste fit une colonie. La plupart des types des médailles de Parium sont relatifs à l'établissement de la colonie ; on y voit le colon ou laboureur traçant avec la charrue l'enceinte de la ville et les limites du territoire ; la louve avec les jumeaux, symbole d'une origine romaine ; le capricorne, symbole d'Auguste ; les enseignes militaires qui furent portées à la tête des vétérants lorsqu'ils furent conduits à ce nouvel établissement, le génie de la colonie.
On a d'autres médailles qui représentent aussi les divinités de Parium ; Apollon et Diane, cette Diane que les anciens appelaient Lucifera. On y voit aussi Cupidon. Enfin le dieu des jardins, qui avait donné son nom à une ville voisine de Parium, nommée Priapus, parait aussi sur ces médailles. (D.J.)
