Car l'appétit peut être vicié de quatre manières, ou par sa diminution, ou par son abolition, ou par son augmentation demesurée, ou par sa dépravation. Les deux derniers vices n'appartiennent pas à cet article ; nous allons examiner les deux premiers.

Le goût pour les aliments peut être diminué, 1°. parce qu'il ne se sépare pas dans l'estomac une suffisante quantité de suc digestif ; à cause du défaut de sang, comme après une hémorragie ; à cause de toute autre évacuation trop abondante, comme le ptyatysme ou la salivation, le diabetes, la trop grande sueur, qui épuisent les humeurs ; à cause des obstructions, des compressions de l'organe destiné à la sécrétion du suc gastrique. 2°. Parce que la salive qui se sépare dans l'estomac est viciée, et manque des propriétés nécessaires pour exciter l'appétit, par la trop grande quantité de sérosités dans laquelle elle est noyée, qui délaye trop les parties salines propres à produire une douce irritation sur les fibres de l'estomac, par l'épaississement de cette lymphe digestive qui émousse ces mêmes parties salines. 3°. Parce que le ferment de l'estomac est corrompu par une boisson trop abondante qui se mêle avec lui, et lui ôte toute son activité, comme l'éprouvent les buveurs ; par des restes d'aliments grossiers, visqueux, pourris, ou par des matières indigestes ramassées à la suite de plusieurs mauvaises digestions ; par un reflux de bîle trop abondante dans l'estomac. 4°. Parce que le tissu de ce viscère ayant souffert de trop grandes distensions, comme après de grands repas, où on mange immodérément, ce qui en relâche le ressort ; ou parce que ne recevant pas assez du fluide nerveux qui doit être distribué aux fibres de cet organe, ou parce qu'étant trop abreuvé de sérosités, il n'est presque plus sensible aux causes qui peuvent exciter l'appétit.

Le goût pour les aliments est entièrement aboli, 1°. par les vices des ferments digestifs d'une grande intensité. 2°. Par le défaut de l'estomac, s'il est calleux, oedémateux ou paralytique, et par-là même insensible à tout ce qui peut exciter l'appétit. Astruc, Pathol.

On voit par l'exposition de toutes ces causes de dégout, qu'il peut être produit dans les uns, dit Nicolas Pison, par une intempérie chaude, et dans les autres par une intempérie froide de l'estomac, mais plus souvent par celle-ci.

La soif et l'ardeur que l'on ressent dans l'épigastre, l'haleine forte, les rapports comme d'œufs couvés, la digestion facîle d'aliments froids et pesans, sont les signes d'une trop grande tension, de roideur dans les fibres de l'estomac : dans les cas opposés il n'y a point de soif, on ne digère pas les aliments froids, les rapports sont aigres. Si c'est une humeur bilieuse qui cause le dégout, on ressent comme une morsure à l'orifice supérieur de l'estomac, avec soif et nausée, et quelquefois amertume de bouche et vomissement. Si c'est par des matières indigestes corrompues, il y a quelquefois fièvre. Si c'est par des humeurs lentes, visqueuses, il n'y a ni soif, ni érosions, on ressent une pesanteur ; et communement dans ce cas, on a toujours des envies de vomir, si elles sont attachées ou rencoignées dans l'estomac ; et après qu'elles en sont détachées, le vomissement suit. Si elles ont leur siège dans l'intérieur des vaisseaux secrétoires de l'estomac, et que ses tuniques en soient comme farcies, on n'a que des nausées, etc.

Le pronostic du dégoût varie suivant ses degrés, ses causes et les circonstances dans lesquelles il a lieu. Si c'est au commencement des maladies, ou environ l'état, dans ce temps où il y a encore assez de forces pour supporter le défaut de nourriture, il n'est pas nuisible, parce que les malades n'ont pas alors besoin d'en prendre beaucoup : il annonce du danger à la fin d'une maladie, ou à la suite d'une longue faiblesse, d'une abondante évacuation ; le dégoût annonce aussi souvent la rechute. Il est très-nuisible aux enfants, qui sont naturellement mangeurs ; il indique une grande dépravation de fonctions. Il vaut mieux être dégouté au commencement des maladies, ensuite prendre les aliments sans répugnance, l'appétit vient au déclin ; et au contraire, ceux qui en ont au commencement, le perdent dans la suite, et le dégoût est alors nuisible. C'est un bon signe dans les maladies, de n'avoir pas du dégoût pour les aliments quand ils sont présentés. Il y a toujours à craindre les longues inappétences, surtout quand la maladie vient d'intempérie froide. Pison, liv. III. c. Ve

L'expérience journalière a appris que dans les hommes et les animaux, certaines maladies étant établies, excitent souvent, comme par instinct, à faire usage de certaines choses par remèdes, dont on ne connait pas la propriété ; qu'il nait souvent un désir insurmontable d'y avoir recours, et qu'au contraire on prend de l'aversion pour certains aliments qui sont présentés : nous ne comprenons pas pourquoi et comment cela se fait, mais la vérité du fait est incontestable. Dans les grandes chaleurs qui desséchent le corps, la soif nous oblige, même malgré nous, à nous procurer de la boisson : si l'on a quelque matière pourrie dans le corps, on se sent en conséquence un dégoût souvent invincible pour tout ce qui est susceptible de pourrir, la nature répugne à ce qui peut augmenter la cause du mal. S'il se présente des oranges, des citrons, des fruits, on les saisit avidement ; il n'est donc pas déraisonnable d'avoir égard à ce que la nature indique dans ces cas, et de se relâcher un peu de la régularité du régime, pour rappeler l'appétit même par le moyen d'une sorte d'aliments ou de boissons qui ne sont pas des plus louables.

Mais en général, pour la guérison du dégout, on doit avoir égard aux cinq indications suivantes, 1°. d'employer les remèdes convenables pour évacuer l'estomac de toutes les crudités qui s'y sont ramassées, pour qu'elles ne continuent pas à corrompre ses ferments. Les délayans pris en grande quantités avec du vinaigre ou autres acides, si les matière sont bilieuses, ardentes ; avec des sels muriatiques, si elles sont lentes, visqueuses, pourront produire cet effet en entrainant dans les intestins, et précipitant par la voie des selles la sabure de l'estomac : si elles résistent, il faut avoir recours aux doux vomitifs et aux purgatifs minoratifs, aux eaux thermales. 2°. D'exciter une plus grande secrétion du suc gastrique, pour qu'il ranime l'appétit par son activité : ce que l'on pourra faire par une diete analeptique, par l'usage modéré des aromates infusés, confits, en opiate, en poudre prise à jeun ; par celui des stomachiques, des électuaires, des baumes, par celui des sels et substances salines appropriées séparément ou unies aux précédents remèdes. 3°. D'émousser l'acrimonie bilieuse chaude de la salive stomacale, qui donne trop de tension, de rigidité aux fibres du viscère, par le moyen des juleps adoucissants, tempérants, des émulsions, des bouillons rafraichissants, des laitages purs ou coupés, selon qu'il convient, avec des infusions ou décoctions appropriées, des eaux minérales froides, de la limonade ; par les bains, les demi-bains. 4°. De corriger l'acidité dominante des ferments de l'estomac, qui les affoiblit ; les aromatiques peuvent aussi convenir pour cet effet : on peut encore l'obtenir par le moyen des amers, des absorbans ; des boissons de caffé, de chocolat, assez continuées. 5°. De remédier au relâchement des tuniques internes du ventricule, qui engourdit le sentiment de cet organe, en employant les remèdes mentionnés pour remplir la seconde et quatrième indication ; les eaux de Balaruc modérément et à reprises ; les infusions des herbes vulnéraires de Suisse ; les bochets sudorifiques pour boisson ordinaire ; les breuvages spiritueux, les bons vins cuits, comme les vins d'Espagne, de Canarie, mais surtout le vin d'Alicante, etc. Extrait d'Astruc, Therap. Voyez ANOREXIE. (d)